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Courir à deux mille mètres quand on s’entraîne à trois cents

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La même foulée, le même rythme cardiaque affiché, et pourtant les jambes semblent tourner au ralenti : l’altitude ne prévient jamais avant de se rappeler à nous.

Moins d’oxygène, un corps qui compense mal au début

Passé environ mille cinq cents à deux mille mètres, la pression atmosphérique baisse et chaque respiration apporte mécaniquement moins d’oxygène au sang. Le corps réagit d’abord par une fréquence cardiaque et respiratoire plus élevée à effort égal, bien avant que la véritable acclimatation physiologique ne s’installe. Un coureur habitué à courir à trois cents mètres d’altitude ressent souvent ce décalage dès les premières minutes : une sensation d’essoufflement disproportionnée par rapport à l’allure réellement tenue, parfois accompagnée d’une lourdeur inhabituelle dans les jambes.

Ce que l’acclimatation change, et ce qu’elle ne change pas vite

Les premiers ajustements, une respiration plus profonde, un rythme cardiaque de repos légèrement plus élevé, apparaissent en quelques jours. La production de globules rouges supplémentaires, elle, demande plusieurs semaines et ne concerne de toute façon pas une sortie ponctuelle en montagne. Pour une pratique occasionnelle, l’enjeu n’est donc pas de « s’acclimater » au sens sportif du terme, mais d’ajuster son allure et ses attentes à ce que le corps peut réellement fournir ce jour-là, sans chercher à reproduire une performance de plaine.

Revoir ses repères d’allure

Courir aux sensations plutôt qu’au chiffre du chronomètre devient la seule approche fiable en altitude. Une allure jugée « facile » en plaine peut déjà s’apparenter à un effort soutenu à deux mille mètres, surtout sur un profil qui grimpe. Réduire l’allure de vingt à trente pour cent sur les premières sorties en altitude, puis réévaluer au fil de la séance, évite la sur-sollicitation cardiaque et laisse le temps aux jambes de retrouver leurs marques. La respiration, plus que la fréquence cardiaque affichée, reste souvent le meilleur indicateur pour ajuster son rythme en temps réel.

Le froid, un facteur qui s’ajoute à l’altitude

L’air plus froid en altitude assèche davantage les voies respiratoires à chaque inspiration profonde, ce qui peut provoquer une sensation de gorge irritée ou une légère toux chez les coureurs peu habitués à cet environnement. Respirer davantage par le nez, quand l’allure le permet, réchauffe et humidifie l’air avant qu’il n’atteigne les poumons, un réflexe simple qui atténue cette gêne sur les sorties prolongées.

Le sommeil, perturbé lui aussi en altitude

Passer une nuit en altitude avant une sortie prévue le lendemain peut s’accompagner d’un sommeil plus léger, entrecoupé de réveils, en particulier au-delà de deux mille mètres. Cette nuit de moins bonne qualité s’ajoute à l’effet direct de l’altitude sur l’effort, ce qui explique pourquoi une sortie matinale après une nuit en refuge ou en chalet d’altitude peut sembler plus difficile qu’une sortie équivalente partie du fond de vallée.

Un profil qui grimpe amplifie l’écart

Un parcours qui cumule dénivelé et altitude sollicite deux contraintes en même temps : l’effort supplémentaire de la montée et la moindre disponibilité en oxygène. Cette combinaison explique pourquoi un dénivelé jugé raisonnable en plaine peut sembler nettement plus exigeant une fois transposé à deux mille mètres, y compris chez un coureur pourtant habitué aux longues montées.

Écouter les signaux plus que le programme prévu

Un programme d’entraînement pensé à distance, sans connaître les conditions réelles du jour, ne remplace jamais l’écoute du corps une fois sur le terrain. Accepter de raccourcir une sortie prévue plus longue, ou de renoncer à un objectif de dénivelé fixé à l’avance, reste une décision raisonnable face à des sensations d’altitude inhabituelles, plutôt qu’une contrainte à surmonter coûte que coûte.

L’hydratation et l’appétit, déjà perturbés

L’altitude modifie aussi la perception de la soif et de la faim, souvent à la baisse, alors même que les besoins réels ne diminuent pas. Nous détaillons ce mécanisme trompeur dans notre rubrique forme et nutrition. Boire par anticipation plutôt qu’au signal de soif, et manger à intervalles réguliers plutôt qu’à l’appétit, compense ce décalage sur une sortie de plusieurs heures.

Redescendre reste toujours une option

Un mal de tête, des nausées ou un essoufflement anormal qui ne cèdent pas après une pause sont des signes classiquement associés au mal aigu des montagnes, et ne doivent jamais être ignorés au prétexte qu’on est « presque en haut ». Ce sont des signaux qui appellent à redescendre, sans attendre qu’ils s’aggravent. Le choix d’un équipement adapté à l’effort en altitude, notamment pour la protection contre le rayonnement et le froid, est abordé dans notre rubrique équipement et matériel.


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